Tahiti, les trois étoiles de l’étrange…

Ma première étoile, je la décernerai aux gens d’ici, à leur manière de vivre et surtout à leur convivialité. L’accueil qui nous a été réservé n’est pas affaire d’éthique (« Tu aimes ton prochain »… etc.) ou de bonne éducation (« Chère amie, je suis râvie… ») mais se révèle inhérente aux personnes elles-mêmes. Conséquence d’une nature clémente (?), les limites des « territoires » (au sens éthologique du terme) sont floues avec, comme corollaire, l’absence du réflexe de méfiance et de rejet de l’autre. Que ce soit à l’église de Huahine ou avec les amis tahitiens, le préalable de « faire connaissance » a été pratiquement inexistant et nous avons été traités d’emblée comme des habitués.
Même la langue, en excluant le « vous » de politesse, traduit cette absence de frontière entre le « toi » et le « moi », entre le « tien » et le « mien ». A Huahine, chez Maiti et Bettina (absents puisqu’en périple européen), Alice et Miket nous ont reçus… comme chez eux, en nous disant « Vous êtes ici chez vous » tandis que leur propre maison, c’est à dire leur « chez eux », abritait X et Y…
On imagine mal une telle partie de « quatre coins » à Paris.
Ma seconde étoile ira aux fleurs.
Elles ne sont pas dans les jardins, en régiments bien alignés comme en Europe, mais s’imposent partout où la nature à quelques droits: Bougainvillées en avalanches de toutes les couleurs, cimes embrasées des tulipiers du Gabon, papillons blancs des fleurs de frangipaniers. Intégrées à la vie quotidienne, les fleurs sont omniprésentes, en colliers de bienvenue ou sur l’oreille des filles, en couronnes ou en ornements, au même titre que l’air qu’on respire ou les fruits que l’on déguste.
Et cette présence insistante des fleurs s’inscrit parfaitement dans une sorte de culture de l’éphémère, qui justifie les heures passées à enfiler des fleurs de tiare pour en faire des guirlandes qui mourront avec le jour.

Enfin, ma troisième étoile va rejoindre sa place naturelle : je veux parler du ciel. A l’opposé du bleu uni et vide du ciel des déserts d’Afrique, les ciels d’ici semblent habités des dieux du Walhalla. En des combats de titans, de formidables nuages-montagnes s’y heurtent et s’y déchirent, laissant fuser un trait d’or brûlant qui vient frapper la mer et explose soudain en myriades de gouttelettes de feu.